Almeria

Almeria n’est pas la pièce la plus connue du cycle Iberia. Sa longueur même – presque dix minutes – en fait un morceau moins accessible que d’autres. C’est une musique qui ne se livre pas facilement.

D’allure modérée, Almeria ne frappe pas de prime abord, comme El Corpus, par sa virtuosité. Pas plus qu’il ne danse sur un rythme endiablé, comme El Puerto. Au contraire “tout ce morceau doit être joué d’une façon nonchalante et molle, mais bien rythmée” nous prévient Albeniz, et la partition abonde d’indications comme dolce, sempre dolce, léger et vague.

On a déjà signalé la parenté entre le grand et magnifique second thème d’ Almeria et celui de Rondeña. C’est là où bat le coeur de l’oeuvre, là où Albeniz saisit le mieux l’essence du chant profond de la région d’Almeria, confins quasi désertiques de l’Andalousie aussi loin des fastes colorés de Séville que des jardins mystérieux de Grenade et ses sortilèges.

De Linares a Cartagena,
de Cartagena a Almeria,
donde nacio la taranta
que conocemos hoy dia
y los mineros la cantan

Almeria, donde nacio la taranta. “Almeria, où est née la Tarenta” dit ce couplet traditionnel des mineurs de Cartagène, de Linares et d’Almeria. Un autre couplet dit aussi des choses terribles : “À l’embouchure d’une mine, j’ai vu une femme pleurer avec ses deux gosses…”

Pourtant, nulle tragédie dans la musique d’Albeniz, mais il y a une mollesse orientale, un vague à l‘âme, une douceur/douleur par moments traversée de fulgurances, de cris et de coups de griffes. L‘âme gitane, habitée par le duende. Située au milieu du cycle Iberia, Almeria en est le centre de gravité.

Commentaires

almeria ou le chant du clair obscur

Pour moi Almeria, c’est la lente oscillation de la vague, que l’on suit depuis sa formation, au large, jusqu‘à son déferlement, tantôt fracassant, tantôt caressant, sur la grève.
C’est la langueur du midi, la chaleur, la clarté aveuglante qui fait chercher l’ombre.
C’est l’abandon après la lutte.