Eritaña

Au début du XXe siècle, l’auberge d’Eritaña, au centre de la vie sociale sévillane, est un fameux lieu de vie nocturne, de chants et de danse. Les toreros et aficionados s’y arrêtent aussi pour admirer les taureaux de combat, avant de se rendre à la plaça de toros, la Maestranza, située non loin de là.

C’est avec une pièce plein de verve et de fantaisie qu’Albeniz conclut Iberia dans la joie, aux accords et aux rythmes de sevillanas.

Après le long nocturne de Jerez, la fiesta d’ Eritaña apporte un saisissant contraste. Comme l’ombre et la lumière, la lune et le soleil, le féminin et le masculin. Si différents en apparence, les deux morceaux ne sont ils pas, en définitive, que les deux faces opposées d’une seule et même âme andalouse et gitane, du flamenco ?

Vladimir Jankelevitch* :

En vérité il est difficile de déterminer ce qui est le plus essentiel chez Albeniz : le pianissimo surnaturel de la dernière page de Jerez ou le fortissimo éclatant d’Eritaña (…) La joie toute matinale de cette Eritaña, qui est l’auberge des rires et des chants, se cachait dans le sublime pianissimo de Jerez : elle attendait l’aurore.

Le philosophe termine l’essai sur Albeniz et résume Iberia de manière émouvante :

après avoir longtemps vécu dans l’intimité d’Iberia, le pianiste ne sait plus en définitive de quel côté est son coeur : du côté d’Eritaña, c’est à dire de l’allégresse, ou du côté de Jerez, dont la voix est si douce, si profonde et si belle qu’on en a les larmes aux yeux.

*La présence lointaine, édition du Seuil, épuisé