Éthique sonore

Il me semble utile de préciser quelques données techniques concernant les enregistrements :

Le niveau n’est pas compressé. Chaque morceau, avec ses particularités, est plus ou moins dynamique et fait partie d’un tout. La reproduction ainsi faite sans effet électronique sur la dynamique du signal sonore respecte, au lieu de les écraser, les nuances de jeu voulues par l’interprète. Habitués à beaucoup d’enregistrements actuels écrasant les dynamiques, certains auditeurs peuvent ressentir un manque de niveau ou de puissance.

Ces reproductions sonores d’ Iberia se veulent les plus fidèles possibles dans un sens audiophile, car toute captation est une interprétation, avec comme seul compromis la méthode du re-recording [ré-enregistrement].

Le fait de modifier le signal par des traitements électroniques, comme pour beaucoup d’enregistrements, techniques utilisées même en musique classique… (compression, maximizer, équalisation, réverbération artificielle, etc… ) modifie le timbre de l’instrument enregistré ainsi que le ressenti sur l’interprétation. Certains effets ont tendance à trop projeter l’image stéréophonique ce qui rend l‘écoute à long terme fatigante et peu réaliste.

Une règle est pour moi fondamentale : l’interprète, son instrument et le lieu de son interprétation ne font qu’une seule et unique entité, d’où un enregistrement avec un seul couple de microphones omnidirectionnels ; la distance qui les sépare de l’instrumentiste est donc figée de fait par l’enregistrement. Une mauvaise appréciation de cette distance ne permettra pas de modification en post-production (montage/mixage) contrairement à la technique de prise de son de proximité avec microphones directifs auxquels sont rajoutés, pour « aérer » le son, un ou des microphones d’ambiances et/ou une réverbération électronique qui permettra en studio de recréer un équilibre artificiel.

Dans cette quête audiophile, un choix minutieux des différents maillons de la chaîne, de leur connexion ainsi que la qualité de leur alimentation (certains sont sur batterie d’accumulateurs avec leur propre circuit de régulation) est primordiale. Il n’y a pas de transferts numériques entre l’enregistrement et le montage, je me sers du même disque (alimenté sur batterie) jusqu’au mastering (limitation stricte des déplacements des données numériques). J’ai pu perfectionner cette technique entr’autre au sein du label de disque La Follia Madrigal.

Il est rare qu’un enregistrement en re-recording se pratique en acoustique naturelle et sans réverbération rajoutée. La technique du re-recording modifie l’espace naturel : deux espaces naturels identiques se superposent créant ainsi un nouvel espace. Le défi à relever, possible grâce à la sensibilité et la finesse de jeu de Jean-Marc Zvellenreuther, était que l’auditeur ait la sensation d‘être à l‘écoute d’un dialogue musical entre deux instrumentistes dans une acoustique proche de celle de l’enregistrement. Volonté d’un effacement de la technique.

Musicalement vôtre,
Francis Rotstein.

PS : Ces enregistrements n’ont subit aucun (mauvais!!!) traitement hormis ceux de la conversion en MP3 (ce qui est loin d‘être négligeable) pour les besoins du site. Une version sans perte (qualité CD) verra le jour lorsque l’intégralité de l‘œuvre sera mise à disposition sur le site.
Je reviendrai prochainement vous donner plus d’information sur les données techniques de cet enregistrement.

Commentaires

superbe son

J’ai écouté ce matin sur FranceMu’ et d’emblée la qualité du son (et bien sur de l’interpretation …quand meme !) m’a frappée !

Un naturel sonore qui devient rare, même sur une prise d’instrument solo (fut-elle en re-re)

En cherchant la petite bête, la profondeur du grave est aussi sublime qu’un peu suspecte, quand meme ;)

Bon, quand est-ce qu’une version AAC est mise en ligne ? ça pourrait aussi bien être du mp3 à tres haut débit , parceque là franchement 64kbits/22,050KHz c’est trop…“frustrant” disons

Tant sur le son et rien sur l’interpretation c’est tres injuste ! on va faire court : c’est Magnifique :)

J’imagine que cet encodage a

J’imagine que cet encodage a été choisi pour ne pas trop charger le serveur lors des lectures en streaming vu que l’on peut par ailleurs le télécharger en “HD” : MP3 44.1kHz/256 kbps ce qui est tout de même pas mal. C’est juste une hypothèse, l’admin du site ferait plus autorité sur la question…
Mais c’est vrai qu’il pourrait par exemple y avoir les fichier FLAC (au hasard) en .torrent histoire de ne prendre ni bande passante ni espace disque sur le serveur (ou si peu)... et ainsi permettre d‘écouter un fichier compressé sans perte. Enfin c’est juste une idée comme ça, en passant.

Bravo pour cet article

Bravo pour cet article extrêmement intéressant! Je dois avouer que le naturel de l’enregistrement est une des premières choses qui m’ait frappé, d’une part on reconnaît parfaitement la guitare mais en plus il n’y a pas ce coté abstrait que l’on ressent parfois : où l’on est contre son gré pleinement conscient que le son sort dans le casque…
Alors encore bravo, parce que ça a dû sérieusement compliquer les opérations d’obtenir ce résultat.
J’ai hâte de lire les prochains articles.

Précisions

Merci pour votre commentaire chaleureux, je tiens à préciser que l’encodage mp3 supprime certaines informations jugées inutiles (cf. effet masque) par le processus de compression. Donc un fichier non compressé n’en sera que meilleur et sera disponible à la fin du projet.

D’autre part pour ce type d’enregistrement, j’aurai pu me contenter de me déplacer, comme beaucoup de mes collègues travaillant en rerecording, avec uniquement deux flight-cases transportables (coffret servant à protéger le matériel pour les déplacements…).
Pour obtenir une qualité supérieure, il faut bien plus de matériel : préamplificateurs dédiés, disque externe, perche lourde, enceinte de monitoring de qualité, soin des alimentations, etc.

Je reviendrai sur le site, photos à l’appui, pour étayer ces propos.