Rondeña

C’est avec Rondeña que débute le deuxième Cahier d’ Iberia, composé en 1906, dont les trois morceaux ont été ici adaptés à la guitare dans leur tonalité originale.

Le titre Rondeña évoque un style de Flamenco originaire de la ville de Ronda dans la province de Malaga, très populaire au XIXe siècle. La Rondeña partage avec les Tarantas et Mineras, autre “palos” de l’est et du nord de l’Andalousie, un tempo libre et souple ainsi qu’un mélisme richement orné.

Albeniz n’est pas un musicologue. Albeniz est poète. Il ne cherche pas à transcrire fidèlement la Rondeña traditionnelle. Il l‘évoque à sa façon, en une version où se disputent en beauté et en verve le chant et la danse. Le thème lent de cante jondo, répétant inlassablement la même note pour chuter sur une figure descendante, typiquement flamenco, est une de ces phrases d’Albeniz qu’on n’oublie pas. Il rappelle le second thème d’ Evocacion tout en esquissant celui d’ Almeria.

Albeniz prend son temps et colore la mélodie de mille nuances, l’enveloppe d’ombre et de lumière. Peu à peu, la répétition de ce chant suscite, malgré le retour de la danse, une rêverie, une langueur. Le réveil est brutal. La brillante coda finale claque des mains et des talons. Avec allégresse.